Felinor's 30 Ans Au Paradis Dogon
8/16/2005
Mali, nous voilà!
Après Ouahigouha, nous sommes allés à Koro (Mali), début du pays dogon. Là, nous
avons passé une nuit au campement L'aventure où nous avons fait la connaissance
de Nématou et de Kélé, dit Kélé-kélé. Ils tiennent le campement et ils nous ont
proposé leur service de guidage pour le pays dogon. Habitués à être constamment
sollicités et alarmés par le Routard sur les arnaques à touristes, nous étions
fermement décidés à résister à toutes propositions avant d'être arrivés à
Sangha, au bureau officiel des guides...mais la belle et sympathique Nematou a
réussi à nous faire plier et à nous vendre son tour (pour un prix allechant, il
faut dire). Après 2-3h de discussions, nous avons fait affaire : rando de 4
jours, 3 nuits avec Kélé entre les villages de Kani kombolé et Dourou. Nous ne
savions pas trop si nous avions fait le bon choix. On ne voulait pas se planter.
On ne vient pas tous les jours au pays dogon... Nous avions pourtant un bon
feeling... La nuit est tombée, nous avons préparé nos sacs. ..
Le lendemain, nous étions prêts à 7h et Kélé-Kélé, nous attendait sur le pied de
guerre... au bout d'un 1/4h, nous avons compris que nous avions fait LE bon
choix. Kélé restera certainement un de nos meilleurs souvenirs de ce voyage. Un
phénomène unique en son genre!
Après quelques heures épiques en taxi brousse, où nous avons bien ri, nous
sommes arrivés au début du chemin de rando, au pied de la falaise. Le pays dogon
est constitué de 3 parties distinctes : la plaine qui s'étend à perte de vue et
qui continuerait si elle ne se trouvait pas bloquée par la falaise qui fait à
peu 80kms de long et 100m de haut et enfin, le plateau qui surplombe le paysage
jusqu'à l'infini. Nous avons longé la falaise tantôt en bas, tantôt en haut,
croisant de nombreux villages. Le soir, nous dormions dans des campements, sur
des terrasses, à la belle. Les dogons sont arrivés de la région du Mandingue au
12e siècle. A l'époque, la zone était recouverte d'une forêt dense, pleine
d'animaux sauvages. Là, ils rencontrèrent les habitants du lieu, les tellems
(pygmés) qui vivaient dans des habitations troglodytiques accrochées au flan de
la falaise. C'était un peuple de chasseurs. Les dogons s'installèrent en bas de
la falaise. Ils défrichèrent la forêt et se mirent à cultiver. Finalement, la
guerre éclata entre les deux ethnies et les dogons chassèrent les tellems. Ils
construisirent des villages sur le plateau et au milieu des falaises. Depuis une
50ene d'années, certains villages du milieu de la falaise sont descendus sur la
plaine. Les paysages du pays dogon sont fabuleux. En bas, on longe un sentier
sablonneux qui serpente au milieu des champs de mil, de maïs... On croise des
gros baobabs, des arbres à karité. Les gens sont affairés dans les champs. Tout
le monde te dit bonjour, s'arrête un instant pour discuter un brin. En contre
plongée, on observe l'énorme falaise ocre qui s'avance comme une vague au dessus
de nous. Régulièrement, on voit d'anciens villages dogons accrochées à la roche
comme des nids d'oiseaux en terre, ainsi que les vestiges des habitations
tellems. Les villages sont très beaux et très vivants. Le temps s'y est arrêté.
A l'exception du plastique des bassines, de qq motos et des très rares
frigos...à pétrole, les gens fabriquent tout et s'autogèrent de manière
honorable (d'autant plus à nos yeux de toubabs consommateurs...). Les gens
vivent des cultures et de l'élevage. Ils construisent leur maison avec des
pierres et de l'argile du coin. Les potiers fabriquent des plats et des grandes
jarres pour stocker les vivres. Les artisans fabriquent tous les objets
utilitaires (chaises, manches à outils, fameuses portes dogons décorées...). Les
forgerons forgent les lames de couteaux et les outils. Les vieux récupèrent
l'écorce des baobabs pour en faire des cordes. Les tanneurs travaillent le cuir
et fabriquent outres, sacs, étuis à multiples usages... Les tisserands
concoivent les vêtements et les couvertures et les teinturiers les décorent. Les
plantes sont utilisées comme condiment ou comme médicament... Ca laisse pantois.
On a pas été aussi autonomes depuis...les gaulois? Au bout d'une journée, nous
n'étions pas rassasiés et nous nous plaisions tellement ici qu'on a décidé de
prolonger et d' "intensifier" notre séjour. C'est certainement pour cela qu'on
s'est autant éclatés. En effet, les agences se bornent à organiser des randos
qui ne dépassent pas 10 kms par jour, ce qui est très peu. Effectivement, une
fois arrivés au campement, tu fais un tour au village, tu bois une petite
mousse, tu fais une ou deux parties d'awalé et puis après...tu trouves le temps
un peu long. Il faut négocier ferme pour pouvoir marcher plus longtemps mais ça
en vaut vraiment la peine. Dès le 2e jour, nous avons parcouru 20kms et traversé
des paysages superbes que nous n'aurions pas vu autrement. La présence de notre
Kélé national, connu comme le loup blanc dans tout le pays dogon et même au delà
(on nous parlait encore de lui à Mopti), a fortement contribué à cette super
excursion. Tout le monde s'accorde pour dire que Kélé est un vrai rayon de
soleil. Il est toujours de bonne humeur, toujours partant, de bonne composition,
respectueux des autres,plein d'humour, sensible,aux petits soins pour tout le
monde et par dessus tout dogon for ever! Impossible pour lui de s'imaginer vivre
ailleurs qu'ici. Nous avons eu une discussion sur les pays montagneux où il
neige et il était effaré à l'idée même d'en visiter un un jour. Il nous a
demandé quelle sensation procurait la neige quand elle touchait la peau et a été
fort étonné d'apprendre qu'elle pouvait fondre. En tous cas, il était impensable
pour Kélé de s'imaginer "avec des bâtons sous les pieds, à faire des zigs zags
sur la neige!". Bref, il était aussi étonné que nous quand il nous parle de ses
festins de serpent et des rituels de sacrifices couramment pratiqués dans son
village. Le choc des cultures. Nous avons eu des discussions très chouettes avec
lui. Une des caractéristiques de Kélé, ce sont ses petites expressions qui
résonnaient le soir d'un bout à l'autre du campement. Parmi nos préférées : "hop
là!", "tac tac!" "pas de problème!" "comme un capitaine (poisson) dans l'eau!".
Notre petit trio a donc continué sa route et finalement ça arrangeait bien l'ami
Kélé de marcher un peu "plus vite que le caméléon". Le 2e jour, nous sommes
montés sur le plateau. La remontée de la falaise a été une des parties les plus
belles de la balade. Un vrai jardin d'éden! Tu grimpes un chaos rocheux envahi
par une végétation dense. Des cascades déversent une eau fraîche et on croise
des enfants qui se baignent et des femmes qui lavent le linge. Le soir, nous
avons assisté à un coucher de soleil mémorable... Le lendemain, nous avons
sillonné le plateau, plus minéral, avec des gros rochers polis et des zones de
marigot où les gens plantent du riz. Dans la journée, nous avons redescendu la
falaise en empruntant un canyon sinueux magnifique qui offrait une vue géniale
sur le village de Nombori et sur ses dunes oranges. Comme c'est la saison des
pluies, la plupart des dunes étaient vertes!. Le pays dogon fait partie de ces
derniers paradis terrestres. On comprend l'engouement général pour ce lieu. Le
dernier soir, nous avons dormi dans le très beau village de Banani et c'est là
que j'ai fêté mes 30 ans! Au menu, pâtes sauce tomate-oignon, poulet à la braise
(la pauvre, elle gloussait encore qq heures auparavant) et bière, un festin sur
le toit du campement, une belle nuit étoilée, les chants des femmes, le bruit
des cascades, celui des ânes, des chèvres, des soeurs de la défunte poule... Pas
mal quand même!!! Kélé a sorti de son sac un superbe masque dogon (une jeune
fille) et il me l'a offert. Je me souviendrai longtemps de ce bon moment. Au
bout de 5 jours nous avons quitté à regret le paradis dogon et pris la route de
Mopti.
gros bisous à tous et à bientôt!
Nous touchons bientôt à la fin de notre voyage (dire que dans 15 jours nous
aurons repris le boulot!) et nous le finissons en beauté en visitant des villes
sublimes. D'abord Mopti, la venise malienne, située au confluent du Bani et du
Niger. Mopti, et encore plus pendant la saison des pluies, est formée de
plusieurs îles auxquelles on accède par des pinasses(pirogues). C'est un centre
commercial important et un carrefour ethnique (dixit le routard).Contrairement
aux rumeurs selon lesquelles les touristes étaient assaillis, nous avons passé
deux jours tranquilles là bas. On a pu flaner tout à loisir sur les nombreux
quais bouillonant d'activités. Les pêcheurs bozos ramènent leur prise pour les
vendre. Des hommes constuisent des pirogues sous des hangars. Le marché bat son
plein : épices, poissons séchés, tissus, mil, igname... Les gens arrivent de
partout en bateau pour s'approvisionner... Un coin est réservé à la réparation
de camions quinquagénaires, un autre au marché d'artisanat... Une vraie
fourmillière! Nous avons fait le traditionnel tour en pinasse entre différentes
îles où vivent soit des touaregs, soit des bozos, soit des peuls. Mopti est
géniale de part son métissage. On croise des filles peuls avec les lèvres
noircies (je viens d'apprendre qu'elle utilise des aiguilles et un produit noir
à base d'arachide pour se tatouer le contour des lèvres. Il parait que c'est
très douloureux), des anneaux dorés et des tresses serties de pièces d'argent ;
des touaregs avec des robes de drap de toutes les couleurs et des cheich qui
laissent juste apparaître deux yeux noirs, des dogons, des songhais, des
bambaras... Melting pot! On a adoré Mopti. On a trouvé qu'il y faisait bon
vivre. On a mangé du délicieux capitaine braisé...hum!!!! Ne manquait plu qu'un
petit verre de vin blanc pour l'accompagner.
Nous sommes à présent à Djenné, une ville très ancienne, entourée par les eaux
et auquelle on accède par un bac. Djenné est connue pour son architecture de
banco, style soudanais ou marocain et pour sa superbe mosquée qui est une
réplique de celle de Tombouctou. Nous sommes arrivés un jour de marché (coup de
bol). La ville était donc très animée. C'était très chouette! Ici, le pain est
succulent. On a dévoré au moins 6 baguettes en 2 jours et nous avons trouvé qq
fruits (ça faisait des jours et des jours qu'on en avait pas mangé!!!). Bon, les
mangues, c'est la fin, alors elles n'étaient pas formidables... La pastèque
d'hivernage n'était, selon un vieux, pas la meilleure...mais nous l'avons
dévorée comme des gloutons. Je fais des rêves de prunes, de pêches, de cerises,
de pêches, de tomates.... Il est temps qu'on rentre!
Voilà, demain, nous entamerons notre dernière étape avant le retour à Bamako :
la ville de Ségou. Là bas, nous allons retrouver Bijou qui compte bien nous
emmener danser jusqu'au petit jour... Nous allons faire les dernières emplètes
du genre un gros sac pour ramener tout se qui refuse de rentrer dans nos sacs à
dos. Je vais me faire tailler un ou deux sarouels (pendant tout le voyage, les
petits musulmans se sont moqués de moi et se sont évertués à m'expliquer qu'une
fille ne porte pas ça mais tant pis, on est trop bien dedans) et puis on
s'envolera pour Casablanca. Adieu Afrique, à un de ses 4, inch allah!
En attendant de vous revoir, grosse bizzz!